La marmotte

Publié le par Janick

Un jour, Joson, le fils d’un fermier, voulait quitter la ferme pour gagner sa vie à Paris. Ne serait-il pas mieux à la campagne, au lieu de vouloir à tout prix vivre à Paris ? Je décidai de lui raconter une histoire…
- Un jour, je rencontrai à Paris une fillette de chez nous qui faisait danser une marmotte. En as-tu déjà vu ?
- Oui monsieur. Ca se mange, mais ça sent le rat. Une année, je suis allé en Maurienne voir un camarade. Il m’a conduit très haut dans la neige. Dans une sorte de taupinière, il a ramené une bête avec un museau court comme un lapin, recouvert de poils noirs et gris. Elle ne bougeait pas, comme engourdie, mais chaude. Il parait qu’elles dorment tout l’hiver. On l’a rapporté et fait cuire, ça ne vaut pas un lapin, mais la peau se vend cher.
- Quand on la prend jeune, la marmotte s’apprivoise très bien. Elle peut tenir un bâton, saluer, danser…A Paris on pouvait en voir dansant au son de l’accordéon. Des petits savoyards les montraient aux parisiens contre quelques sous, mais maintenant, cela n’intéresse plus personne. Pourtant, dans cette ville j’aperçu une petite tarine, les femmes de Tarentaise portant une coiffure en pointe sur la tête, gentille mais mal nippé, elle essayait d’attirer l’attention avec son animal. Elle était accompagnée d’un vieux bonhomme, son grand père probablement. Elle chantait une chanson du pays qui disait :

En revenant des montagnes, une dame m’aborda… « Bonjour dit-elle qu’as-tu là dans ton panier ? » « Madame c’est un’marmotte c’est ell’qui me nourrira » « Ah ! viens avec moi, dit-elle, et laisse ton panier là, tu auras une belle tunique et de l’argent tant qu’tu voudras, une maison belle et grande où tout le monde t’obéira » « J’aime mieux retourner aux montagnes que d’aller dans ce pays là »

Je pensais donner quelques pièces à cette fillette, mais elle prit mon veston. Elle voulait vendre sa marmotte pour retourner à Bessans. Je lui disais qu’elle n’aurait pas dû la quitter mais elle m’attendrit en me racontant que ses parents étaient morts, lui laissant cette marmotte comme seul héritage. La petite bête s'était très bien accoutumé à Paris, on la voyait bien nourri, sa petite maîtresse devait se priver pour elle. J’ai cédé en lui achetant la marmotte et leurs donnant que quoi rentrer en Maurienne, mais je me suis fais embobiné car plus tard étant de passage au village, je demandais de leurs nouvelles mais ils n’étaient jamais revenus.
Je devais me débarrasser de cet animal et en regagnant la Savoie, elle fit le voyage avec moi dans mon panier. Elle s’appelait Fanny, et elle était si bien dressée qu’en apercevant un visiteur, elle le saluait et dansait. Elle s’était civilisée et aimait la compagnie. Je la présentais à des amis mais malgré qu’elle les amusait, personne ne voulait s’occuper de cette pauvre bête. Je me résolus à lui rendre sa liberté.
Un matin je partis avec mon ami, le vieux Balme, dans les montagnes. On libéra la marmotte et elle alla découvrir l’endroit. D’un moment d’inattention, nous partîmes nous cacher derrière un rocher. Elle s’inquiéta de ne plus voir personne, puis elle disparu dans les alpages. 
- Elle était revenue chez elle, approuva Joson
- Oui, tout allait pour le mieux, mais l’année suivante, je retournais voir mon vieil ami qui me prit à part pour me dire que le garde Baboulaz l’avait tué. Il a reconnu l’animal à son petit ruban bleu autour du cou, et me disait que c’est elle qui a voulu cela. J’étais surpris par cette remarque, et lui demanda comment cela. Il me répondit qu’en partant lui et Baboulaz relever une piste, une marmotte était sortie de son trou. D’habitude, c’est un animal craintif qui se cache à la vue de l’Homme, d’un chien ou d’un aigle. Mais cette marmotte-là, en nous voyant, au lieu de se terrer, se mettait sur ses pattes arrières et dansait. Il avait prévenu Baboulaz de ne pas tirer mais trop tard, il avait déjà tiré. La pauvre bête s’est couchée pour ne plus bouger. Et le vieux Balme, qui connait la vie, a ajouté :
- Elle ne s’était plus habituée.
- Habituée à quoi, Balme ?
- A la Montagne. Il ne faut pas la quitter, ou il ne faut pas y revenir. A cette bête-là, il fallait du monde pour la regarder danser.

N’oublie pas Joson, faut pas quitter la campagne, parce qu’on ne peut plus s’y habituer, si l’on y revient…

 

Inspirée de la nouvelle d'Henry Bordeaux, la marmotte.

La marmotte

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