Les trois brindilles

Publié le par Janick

Dans  les montagnes de Savoie, en certains passages dangereux, comme par exemple au col du Bonhomme ou au col du Grand Cucheron - il y en a d'autres - on trouve parfois des amoncellements de cailloux, ou de pierres, appelés murgers, ou murgiers, qui indiquent l'endroit où un voyageur s'est tué accidentellement.

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La coutume veut que chaque passant jette une pierre sur la place du drame, en souvenir du défunt, et le murger grossit petit à petit. C'est un cairn, en quelque sorte, ou encore un galgal.

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La tradition est toujours vivante dans la vallée de Belleville.Il y avait dans nos forêts un lieu appelé en patois la Comba dé tras écors, c'est-à-dire une "crase", une sorte de couloir qui menait jusqu'au sommet. Il paraît que pour traverser la forêt, quand on arrivait à cet emplacement, il fallait jeter trois brindilles de bois (trois écors). Si on ne les jetait pas, les difficultés commençaient.

 

Il y avait toRésultat de recherche d'images pour "vallée de belleville"ujours un fanfaron qui affirmait :

- Eh bien moi, ça ne peut pas me gêner de passer sans que je jette trois brindilles.

Un soir, il est parti. Je ne sais pas si vous avez été en forêt la nuit, mais il y a toujours du bruit. Toujours...Une branche qui casse sous vos pas, une chouette qui ulule, un lièvre qui s'enfuit, un petit animal qui couine, une chauve-souris qui vous frôle...Alors, si vous avez déjà un peu peur...Il fait très sombre sous le couvert.

Le fanfaron est allé dans la forêt.

- Du bois, j'en jetterai point.

La route continue jusqu'au mamelon, qui descend aux Avanchers.

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- On verra bien ce qui va se passer maintenant, se dit le gars, mais je ne prends pas les brindilles.

Et il a continué son chemin, puis, soudain, il a entendu le bruit du vent. On l'entend venir de loin ; en hiver, on l'entend souffler en haut, et puis, forcément, il descend. Et notre homme a entendu comme s'il y avait du vent. Il remarqua :

- C'est drôle pourtant. Il n'y a pas de nuages, il n'y a rien,et néanmoins, ça souffle....

Mais le vent est descendu. Il s'est rapproché et les sapins ont commencé à hocher la tête.

- Comment cela se fait-il, je ne vois toujours pas de nuages, et ça souffle, ça souffle ?

Il était quasiment arrivé au sommet de la montagne. Il se demanda :

- Qu'est-ce que c'est donc ?... Bah ! on verra bien !

Et il continua à grimper. Il y avait encore une centaine de mètres, et il n'y avait plus d'arbres. Sorti de l'épaisseur du bois, à la limite de la forêt des Avanchers, il aperçut un feu, un petit feu. Il crut que c'était un feu follet :

- Pourtant, ça m'étonne ! se dit-il.

Les feux follets,on les voit, mais à une certaine distance, de près, on ne les aperçoit plus.

Il poursuivit son chemin, car il ne manquait pas de courage. Il lui sembla voir un homme qui mettait du bois pour nourrir le feu. Qui était-il ? Et quelle idée d'allumer un feu en cet endroit ?

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Il continua à approcher. Et un autre feu se mit à brûler. Et un troisième. A mesure qu'il avançait, il vit des feux qui tenaient tout le mamelon, avec chacun un homme qui l'alimentait en bois.

Il se dit qu'il n'allait pas pouvoir passer si le nombre de feux augmentait encore, le temps qu'il atteigne le sommet.

"Non, je ne pourrai pas passer!" se répétait-il.La peur s'insinuait doucement en lui. Ses pas se ralentissaient... Et puis, soudain, il tourna bride et s'enfut en courant.

On disait, à cette époque, qu'il y avait des esprits dans la montagne, qui n'aimaient pas être dérangés....

Par temps orageux, il se produit de nombreux phénomènes électriques sur les sommets.

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Contes et légendes de Savoie - Monique de Huertas

 

 

 

 

 

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