La peau de l'ours

Publié le par Janick

Notre histoire nous amène à Albiez-Montrond en Savoie au coeur de la vallée de la Maurienne.

                  Vue d'ensemble du village d'Albiez-Montrond.

Il y a bien longtemps, un jeune chasseur de Montrond était monté là-haut dans les alpages du pied des Aiguilles d'Arves, bien après la Saint Michel quand les alpagistes sont redescendus au village avec leurs bêtes. Il profitait du brouillard et du mauvais temps pour tromper la vigilance des gardes et braconner.

                                   Afficher l'image d'origineAiguilles d'Arves

Il connaissait la montagne comme le fond de sa poche et le soir venu il s'était installé dans un chalet qui servait aussi de refuge. Il n'avait pas fini de poser ses affaires qu'il entendit un grand bruit ou plutôt un énorme grognement. Saisi par la peur d'être surpris par les gendarmes, il venait de se cacher dans un coin, quand d'un seul coup la porte s'ouvrit et surprise un énorme ours entra en grognant. Notre bonhomme avait beau être dégourdi, il tremblait de peur. La bête s'avança jusqu'au milieu de la pièce et là, dans un grognement terrible il se dressa. Avec ses pattes avant, l'ours déchira la peau de son poitrail s'écorchant vif, pour laisser apparaître une belle jeune femme...

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Le gars n'en croyait pas ses yeux, c'était donc un "ours garou ! " La ravissante jeune femme, ne se doutant de rien, alluma un grand feu dans l'âtre avec du bois préparé pour l'usage. Notre jeune chasseur gardait le silence. Il l'avait reconnue, c'était une fille d'un village voisin. L'été précédent, il l'avait remarquée au cours d'une fête. Elle se mit à coiffer ses longs cheveux châtains et prépara de l'eau chaude pour faire sa toilette. Séduit par tant de beauté, notre jeune homme sortit de sa cachette.

La jeune femme surprise se retourna et se mit à crier. Alors il l'empoigna et la serra fortement entre ses bras, mais elle criait en se débattant et en le griffant. Rien n'y faisait. S'agrippant fermement à ses longs cheveux, il tentait de la maintenir tandis que de l'autre main, il parvenait à jeter la peau de l'ours au beau milieu des flammes. La pelisse de l'ours garou se mit à brûler lentement dans un crépitement d’étincelles en dégageant une odeur nauséabonde. Le gars tenait bon malgré les cris, les griffures et la fumée qui lui piquait les yeux. C'était insoutenable... Cette femme était enragée…                 

Quand la peau fut complètement détruite, la jeune femme s'apaisa. Elle semblait même se trouver bien entre les bras puissants du chasseur. Elle plongea son regard dans le sien, comme seules les jeunes femmes savent le faire, puis lui raconta son histoire, une longue histoire, le sortilège jeté par une vieille sorcière de voisine, sa vie d'errance les soirs de pleine lune. À la fin de son récit, elle l'embrassa comme pour le remercier de l'avoir délivrée de cette chose-là. La légende raconte que lorsqu'ils redescendirent au village, ils ne se séparèrent plus jamais et se marièrent au printemps suivant…

                            

La peau de l'ours

La peau de l'ours : Légende mise en valeur et racontée par Zian des Alpes, à partir d’un récit traditionnel d'Albiez-Montrond

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