Le jugement

Publié le par Janick

Nous sommes à Aubenas, en Ardèche méridionale.

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Tout près de la Rotonde, à Aubenas,au siècle avant-dernier, un rôtisseur avait installé ses fourneaux, et, pour évacuer la chaleur et les odeurs trop fortes de sa cuisine, il avait enlevé un carreau à une fenêtre qui donnait sur la rue. Beaucoup de gens se régalaient au fumet qui, par là, se répandait dans l’air.

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Un pauvre hère en particulier venait là tous les jours ; il laissait son maigre quignon quelques minutes devant la fenêtre pour qu’il s’imprègne de ces vapeurs fortes. Le patron, qui voyait ce manège d’un mauvais œil, se précipite à son arrivée et lui demande une pièce de monnaie parce qu’il utilisait les odeurs qui s’échappaient de ses fourneaux. Et le mendiant refusait toute participation puisqu’il ne consommait rien. La dispute grandissait, les curieux se rassemblaient autour de la fenêtre, les uns approuvaient le pauvre, les autres, le commerçant.
Comme les positions ne changeaient pas et que le ton montait, on décide de faire appel à un bonhomme qui passait par là et que l’on disait même un peu simplet. On lui explique la situation ; il écoute très attentivement, réfléchit un moment puis il demande : « Vous me voulez donc comme arbitre, comme juge ? ».
« Oui, vas-y, parles, nous t’écoutons ».
Et notre « juge » demande au pauvre de lui donner une pièce. Le rôtisseur souriait ; il pensait avoir gagné.

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Le pauvre ne voulait pas donner sa pièce, il craignait de ne plus la revoir. « Donne ! » Et notre pauvre s’exécute. Le « juge » prend la pièce, l’examine sur ses deux faces, prend son temps puis il la lance en l’air. Elle tombe sur le trottoir en tintant clairement ; ainsi quatre fois de suite, toujours avec le même cérémonial, très lentement, avec le même son. Si bien que des curieux commençaient à perdre patience, murmurant que ce juge amateur n’était peut-être pas bien sensé. Mais le juge avait décidé de conclure : « Vous m’avez voulu comme arbitre, hé bien voici mon jugement : il est vrai que cette personne a utilisé les vapeurs de la rôtisserie mais les rôtis sont entiers, il n’ont pas été touchés. J’estime que les odeurs ont été payées par le tintement de la pièce sur le trottoir et que les deux parties sont quittes l’une envers l’autre. Je rends donc la pièce à son propriétaire ».
« Je vous salue Messieurs » et il continua sa route sous les yeux ébahis des badauds.

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Publié dans Légendes d'Ardèche

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