"Lou dana", l'enfant vendu au diable par son père

Publié le par Janick

Il y avait au village de Lémy, dans la commune de Mégevette en Haute-Savoie,un nommé José B. qui était très pauvre, et n'avait pas les moyens de reconstruire sa maison qui tombait en ruines.

Lémy et MégevetteLémy et Mégevette

Lémy et Mégevette

Un soir qu'il marchait sur la route tout en réfléchissant à sa misérable condition, il fit la rencontre d'un homme bien vêtu, mais dont le pied gauche avait la forme d'un pied de cheval - le droit était normal.

C'était le diable, car ce dernier a toujours "quelque chose de difforme du côté  gauche". 

L'inconnu fit un bout de chemin avec B. qui, tout en marchant, lui fit part de ses soucis, et lui offrit de l'aider, en lui demandant, en échange de ses services, de lui céder "ce que sa femme portait sous son tablier".

"Lou dana", l'enfant vendu au diable par son père "Lou dana", l'enfant vendu au diable par son père

Les femmes ont toujours quantité de choses dans les poches de leur jupe : B. ne trouva pas l'exigence trop grande et conclut le pacte.

Le diable lui promit de lui fournir "la charge d'écus qu'il pourrait emporter avec lui". B. prit livraison du sac d'écus dans le fond d'un petit ruisseau, au-dessus du village deu Bourg, l'ancien chef-lieu, il le porta jusqu'au village de Lémy et, sans tarder, se fit construire une magnifique maison.

Peu après, il s'aperçut que sa femme était enceinte, et là il comprit que c'était en échange de l'enfant que le diable lui avait donné toutes ces richesses. Lorsque la femme accoucha, et qu'il fut question de baptiser le nouveau-né, le diable apparut :

- Je t'ai fourni un sac d'écus que je suis allée chercher au fond de la mer. Il me faut l'enfant avant qu'il soit baptisé.

Cependant, si le père avait, sans le vouloir, disposé de son enfant, il n'était pas le seul à avoir les droits sur lui. La mère fit valoir les siens, et ne voulut pas céder son fils. Pour trancher la difficulté, on fit appel au curé. C'était le curé Boccard ; il dit au démon :

- Il est vrai que tu as des droits sur l'enfant, mais veux-tu me le laisser le temps que ce bout de bougie brûle?

 

"Lou dana", l'enfant vendu au diable par son père

Ce ne pouvait être bien long, et le diable accepta de patienter. Cependant le curé se saisit de la bougie et l'avala. Elle ne put donc se consumer et l'enfant resta au curé. Le diable berné étandit la main sur le berceau ; une flamme et de la fumée jaillirent mais le berceau ne brûla pas, puis le diable disparut.

berceau savoyard

berceau savoyard

Après cette aventure, le fils de José B. fut considéré comme l'enfant du curé Boccard (on disait "le gosse à Boccard").

- Moi, dit l'informateur, j'ai connu cet homme qui avait étévendu au diable. J'avais 17 ou 18 ans quand il est mort, il était âgé de 80 ans environ, vers 1909 ou 1910. Il était petit, il s'appelait Basile B., mais dans le village on l'appelait lou dana (le damné). La maison construite avec l'argent du diable existe encore à Lémy, elle a une centaine d'années.

Etres fantastiques....Haute-Savoie

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