Les foellones

Publié le par Janick

Dans le village d'Albanne, au coeur de la vallée de la Maurienne, en Savoie, existaient, il y a bien longtemps, des créatures étranges, sauvages, qui vivaient principalement dans des bournes - c'est-à-dire des grottes, des cavernes.

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                                                   Albanne

Ces êtres en sortaient surtout au cours de la nuit afin d'aller chaparder dans les potagers ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance. Ils rôdaient également autour des demeures. On les voyait même, bien que rarement, s'aventurer dans les villages et y côtoyer les habitants.

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Un jour, un jeune homme remarqua la réelle beauté d'une foellone, qui faisait penser à une biche sur le qui-vive. Il en tomba amoureux, et petit à petit, parvint à s'en approcher, à lui parler, et à lui déclarer la passion qu'elle avait éveillée en lui. Après avoir longtemps hésité, elle consentit à l'accepter pour époux. Elle n'y mit qu'une condition :

- Je te demande de me promettre de ne jamais me suivre quand je sortirai le soir...et aussi de ne jamais, jamais, m'appeler foellone.

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Le jeune mari promit, mais un soir, peut-être avait-il trop bu de génépi ou abusé de l'apremont, il s'énerva et la traita de foellone.

Aussitôt sa belle épouse le quitta, puisqu'il avait manqué à sa promesse. Cependant, elle ne se contenta pas de s'en aller, elle moissonna toutes ses cultures, blé, sarrasin, orge, les champs de pommes de terre, de carottes, de poireaux, de raves, de choux, etc. Le pauvre mari se retrouva ruiné.

                                        

Les foellones n'étaient pas tous nocifs. On prétend que ce sont eux qui ont enseigné aux Albannois l'art de fabriquer la tomme, ainsi que la saé, la laita, la tranthia, autant de produits du lait. Toutefois, les foellones demandèrent aux Albannoises de garder précieusement le secret de ces méthodes ancestrales. 

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Malheureusement, les paysannes, complimentées sur la qualité de leurs produits quand elles descendaient les vendre au marché de Saint-Michel, pressées de questions, ne purent tenir leur langue et révélèrent de qui elles tenaient leur science.

 

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- On vous aurait appris bien d'autres secrets, si vous aviez su vous montrer plus discrètes, mais puisque vous n'êtes que des bavardes impénitentes, vous ne saurez plus rien !

Et elle tinrent parole.

On les traitait souvent de per (noir) en raison de leurs cheveux crépus et de leur teint sombre.

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Les vieux de la région prétendaient que les foellones descendaient des Sarrasins.

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Contes et légendes de Savoie - Monique de Huertas           

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