Légende de la rivière Ardèche : 1ière partie : Marie la tisserande

Publié le par Janick

La pauvre vieille Marie qui habite en bas du village, ne tisse plus comme lors de ses jeunes années. Sa main tremble, son pied n'est plus sûr.

En chemin, la navette trébuche. A la fin, le tissu est plein de noeuds. Grossier et imparfait, il se vend mal.

Légende de la rivière Ardèche : 1ière partie : Marie la tisserande

Ce jour-là, elle était montée au sommet du village. A la tour carrée, il y a toujours des chalands. Arrivée de bonne heure, à midi elle n'avait toujours rien vendu. 

C'est d'un pas fatigué qu'elle rentra chez elle. Les ruelles de galets de ce petit village, accroché au sommet d'une falaise, sont étroites et tortueuses. Le soleil de midi pesait de toute sa chaleur sur ses épaules. Ses bras peinaient sous le poids des tissus invendus.

Légende de la rivière Ardèche : 1ière partie : Marie la tisserande

Epuisée, elle fit ce que jamais personne ne faisait dans le village de Balazuc. Elle prit le petit raccourci qui passe par la grotte de la fachinière. La fachinière, c'est celle qui vous jette la fachine, le sort. C'est une sorcière.

Balazuc

Balazuc

Son pouvoir est grand, elle peut empêcher une vache de faire son lait ou une poule de pondre. A peine Marie avait-elle pénétrée le domaine de la fachinière qu'elle entendit une douce voix lui murmurer :

"Je vois dans ton coeur, Marie, et la première chose que tu feras demain, tu le feras toute la journée."

 

Légende de la rivière Ardèche : 1ière partie : Marie la tisserande

Marie craignit d'avoir commis une terrible erreur en prenant ce chemin. Ce soir-là dans sa modeste demeure, n'ayant rien à manger, elle se coucha le ventre vide.

Le lendemain, comme tous les matins, elle alla s'asseoir devant son métier à tisser. Mais à peine était-elle installée que ses fesses furent comme soudées au tabouret et sa main collée sur la navette.

 

Légende de la rivière Ardèche : 1ière partie : Marie la tisserande

Automatiquement, elle se mit à tisser. Mais, point d'hésitation, de ralentissement ou de noeud dans les fils ! Retrouvant la vitalité et le geste sûr de sa jeunesse, elle tissa avec entrain.

Le métier se mit à chanter :

Biz-tou-clic, biz-tou-clac !

La navette siffle: "biz". Essouflée au retour : "tou". Le pied sur la pédale : "clac" 

Biz-tou-clic, biz-tou-clac !

Il se forma alors devant ses yeux émerveillés un tissu fin, délicat et parfaitement tissé. Jamais elle n'avait réussi pareil ouvrage.

A la fin de la journée, elle put enfin s'arrêter. Elle n'était pas fatiguée. Il lui semblait qu'on lui avait ôté dix années.

 

Légende de la rivière Ardèche : 1ière partie : Marie la tisserande

Le lendemain, d'un pas de jeune fille, elle monta à la tour carrée et vendit ses tissus un très bon prix.

Elle ne devint pas immensément riche - c'est une histoire vraie que je vous raconte - mais elle put s'acheter une bonne chèvre et quelques poules..

Elle sut que jusqu'à la fin de ses jours, elle n'aurait plus jamais faim et c'était déjà beaucoup.

Vieux conte ardéchois issu de la tradition orale - Catherine Caillaud

Tour carrée à Balazuc

Tour carrée à Balazuc

Publié dans Légendes d'Ardèche

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