Le procès des amblevins

Publié le par Janick

Nul n'aurait idée aujourd'hui de faire un procès à un insecte, mais à une certaine période, un procès un peu particulier s'est déroulé...

Notre histoire se passe en Maurienne, dans le bourg de Saint-Julien Montdenis, non loin de Saint Jean. Au XVIè siècle, la vigne était la plus grande richesse et le vin de cette commune avait une bonne réputation.

Saint-Julien Montdenis

Saint-Julien Montdenis

Mais autour de l'année 1545, au printemps, la vigne fut envahie par des larves d'insectes. Les villageois pensaient à des chenilles, des bêches ou des gribouris, mais l'insecte ressembla à un charançons verdâtre, il fut nommé l'amblevin.
Ces bestioles s'acharnèrent sur le vignoble, les paysans se retrouvèrent impuissants face à cet ennemi.
A grands maux les grands remèdes, une plainte fut déposée contre les amblevins afin de juger l'affaire devant la justice.

Le procès des amblevins

C'est l'église qui à l'époque eu vocation d'intervenir, l'évêque fut saisi du dossier. On dépêcha deux avocats commis d'office, Maître Morel et Maïtre Falcon, car même les insectes ont le droit à un procès juste et équitable...
Le problème fut déjà de juger le coupable, mais lequel d'entre eux....On désigna un clerc pour trouver le responsable qui devrait répondre de ces actes. Cela prît un peu de temps...et en attendant, la récolte ne survécut pas à ce fléau.
L'hiver passa et les bestioles disparurent pendant quelques années, mais le mal étant fait, les autres récoltes ne furent pas à la hauteur de ce qu'elles étaient.
L'affaire aurait pu en rester là, mais cependant, en 1587, de nouveau la plaie s'abattue et les bestioles étaient plus nombreuses, causant des dégâts pires que lors de leurs précédents passages.Une plainte fut redéposée, et bien sûr l'évêque désigna deux autres avocats commis d'office, Maître Rambaud et Maître Filiol.

Le procès des amblevins

L'audience dans le tribunal religieux eu lieu le 6 juin 1587. L'accusation commença en signalant la présence de ces nuisibles "sans droit ni titre", détruisant les récoltes, un seul châtiment est à la hauteur de la gravité, l'excommunication !
Maître Rambaud, défenseur, signale que ce sont des créatures de Dieu, et ne peuvent être excommuniées. Chasser les insectes, c'est aller contre Dieu. Il appuya sa défense en citant de la Bible un passage de la Genèse.
Il est dit que Dieu a créé les bêtes les plus basses et les moins abouties au matin du 6ème jour, dont ses "clients" font partis, et que c'est le soir du 6ème jour qu'Adam a été créé. Les insectes ont occupé le sol avant l'Homme. La défense appuya sur le détail qui dit qu'"à tout ce qui rampe sur la terre et est animé de vie, je donne pour nourriture toute la verdure des plantes", un détail qui a son importance...
L'argumentation (on est au XVIè ne n'oublions pas...) sembla tenir la route.
L'accusation remonte sur la Bible signalant que l'Homme domine sur tous les animaux, et que Dieu a donné aux hommes les fruits des arbres pour se nourrir.
La défense prît de fait que la verdure ne sont pas des fruits, que les amblevins occupent les plants, mais les fruits ne sont pas sortis....
Les arguments de part et d'autre nécessitent que le tribunal prenne une dizaine de jours afin de chacune des parties trouvent un accord, le président du tribunal trouva les deux convaincantes.
Le mois de juin passe, les vignerons se réunissèrent le 29 juin, les discussions allèrent bon train. Les amblevins doivent être considérés comme des créatures divines, et qu'au même titre qu'un pèlerin qui passerait par là, ils fallaient leur accorder l'hospitalité. Les pèlerins seraient dans la même situation, à devoir piller pour se nourrir si ce geste n'avait pas lieu.
Il fut décidé d'accorder aux amblevins un terrain situé à l'orée du bois de Claret. Ce terrain appartenant au seigneur de Saint Jean, il devra être acheté et offert à toutes les bêtes qui viendraient à se poser dans le village (une aire de grand passage avant l'heure...).
Tout est prévu si chacune des parties respectent l'accord. On prépare la transaction, mais contre toute attente, l'avocat des amblevins refusa le marché. L'avocat signale que ses clients sont favorables à une transaction à l'amiable mais pas sur ce terrain, jugé stérile et sec.
Le procès repartit de plus belles et après plusieurs audiences, le jugement sera rendu le 20 décembre. Les paysans essayèrent de sauver la récolte, en vain...
Quels en ont été les termes? Acquittement ou condamnation?
Malheureusement nous ne savons pas, les écrits de cette réponse ayant disparus.
Dans certains livres, il est dit que les amblevins furent expropriés à grands renforts de chants religieux, la chorale ne devait pas être la meilleure du coin...et que l'évêque a fait demandé aux insectes des arriérés d'impôts, déjà à l'époque, l'impôt nous lâchait pas la grappe.
Mais l'Histoire dit aussi qu'en plus de ces visiteurs indésirables, le village fut traversé par les troupes du Duc de Savoie venu envahir les terres voisine du Marquis de Saluzzo, les priorités ont dû un peu changer.

D'après différentes sources réunies.

Le procès des amblevins
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