L'escabelle du diable

Publié le par Janick

A Alleyrac, l'on montre dans le bois de Breysse la "chaire du Diable" ; à Salettes, la "chaire de la Dame blanche" ; à Solignac, le "bois des Mandigoules" ; à Monistrol-d'Allier, le "pré des Fades" ; à Saint-Ilpize, le "bois des Dames" ; à Chassignolles, la "grotte des fées" ; au Villeret, près de Saugues, on parle non sansterreur des "fachinières", ces femmes noires qui font le sabbat aux premières heures de la nuit.

L'escabelle du diable

On dit qu'aux premières heures de la nuit, du haut de Peyre-Blanche, l'on aperçoit, à la lisière des bois du Villeret, d'abord un mince filet de fumée que suit bientôt une flamme vivace et scintillante s'échappant d'un foyer rustique improvisé au pied d'un pin.

Tout autour, des ombres noires, échevelées, se tenant par la main, dansent une sarabande furibonde ; d'autres ombres vont, viennent, affairées, apportant l'une du bois, d'autres une vaste chaudière que l'on pend au-dessus du foyer.

L'escabelle du diable
L'escabelle du diable

Si l'on prête l'oreille, l'on entend des cris rauques, des chuchotements mystérieux, des plaintes étouffées, et sans cesse se poursuit la sarabande, sans cesse s'alimente le foyer, sans cesse s'échappent des profondeurs de la forêt des cris inarticulés et incompréhensibles.

L'escabelle du diable

Surtout ne vous montrez point et n'approchez pas ! De ces ombres noires, l'une fait sentinelle sur le pin le plus proche. L'on vous a vu...Aussitôt la farandole infernale cesse, la flamme s'éteint, le brasier incandescent est piétiné avec une rage furieuse et des menaces incohérentes, la chaudière est emportée, les cendres mêmes sont enlevées et plus loin, bien loin au fond des bois, on voit reparaître la  fumée, la flamme, les danses et la scène mystérieuse. Vous approchez encore, et soudain les fachinières repartent, cette fois pour ne plus se montrer. Mais n'écoutez point la curiosité, mauvaise conseillère : éloignez-vous et prenez garde.

L'escabelle du diable

Les fachinières sont maudites : maudite est la forêt ; maudite est leur repaire ; il fascine, il attire, il engloutit ses victimes et ne rend jamais sa proie.

Un jour, un enfant voulut voir de plus près ces danses et ces apprêts. Le malheureux ! il n'a jamais reparu ; jamais l'on n'a pu retrouver son cadavre. Le repaire ne rend point ses victimes.

Aussi, au premier âge, les enfants n'approchent point du Villeret sans frisson et sans terreur. Surtout ils se gardent bien de s'attarder la nuit dans ses parages dangereux.

Tout le monde le sait : les fachinières sont maudites ; oui, le bois du Villeret est maudit.

Jean-Marc Gardès "Contes et légendes du plateau ardéchois"

 

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Publié dans Légendes d'Ardèche

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