La Naroua

Publié le par Janick

La commune de Tignes, en Savoie, au XIXème siècle, était fort pauvre en terres cultivables et, à l'approche de l'hiver, une sorte d'exode de la population masculine s'organise. Ils partent colporter des étoffes et de la mercerie, tandis que les Tignardes fabriquent de la dentelle qu'elles vont parfois elles-mêmes proposer jusqu'en Isère et en Piémont.

Tignes au XIX ième siècle

Tignes au XIX ième siècle

Un personnage étrange avait partie liée avec les dentellières de Tignes. Celles qui exerçaient leur activité pendant les veillées d'hiver, devaient, le samedi soir, se hâter de terminer leur pièce de dentelle avant minuit, car, ce soir-là, la créature nommée la Naroua venait filer au rouet à leurs côtés, dans un coin de l'étable, en marmonnant :

Trenté-quatro-dizénou,

Piota dé vaché,

Piota dé bou !

ou, plus clairement :

Trente-quatre dix neuf,

Patte de vache,

Patte de boeuf !

dentellières Tignardes
dentellières Tignardes

dentellières Tignardes

Ce qui n'était pas particulièrement harmonieux, ni très poétique.

A minuit, si les dentellières n'ont pas achevé leur travail avant d'aller se coucher, la Naroua les bats avec une patte de bou, ou bien une patte de vaché !

Il ne fallait pas travailler sur le dimanche. La Naroua ne plaisantait pas à ce sujet.

On la décrivait vieille, grande, grosse. Bien des anciens de Tignes prétendent que leurs grands-parents leur assuraient avoir vu la Naroua. Il na fallait pas non plus dépasser minuit le soir du 5 janvier, veille de l'Epiphanie.

Ce jour-là, les jeunes parcouraient les rues  du village, le visage masqué. Les enfants auraient bien voulu sortir pour les voir, mais les mères  les en empêchaient en leur faisant croire que la Naroua les enlèverait s'ils croisaient son chemin.

La Naroua

En l'occurence, la Naroua était assimilée à un croque-mitaine, qui se manifestait à date fixe. La Naroua était inconnue ailleurs qu'en ces villages de haute Tarentaise.

Contes et légendes desavoie - Monique de Huertas

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